Début d'été 1999: Avec mon copain rien ne va plus. La distance et toutes nos différences de vie et de personnalité font que notre relation ne s'épanouit plus...je mets donc fin à cette relation qui durait depuis un an.

Le temps qui passe et qui me fait vivre la dialyse fait que je n'ai nul autre moyen que de changer ma philosophie de vie, je ne peux vivre ce qui m'arrive sans essayer de m'enivrer de tout ce qui peut m'aider à mieux le vivre. Je m'accroche.....

14 août 1999: Je fais la connaissance de Pierre. J'essaie de ne pas trop m'emballer tout de suite car j'ai l'impression d'être devant un beau prince charmant et on sait bien qu'ils ne vivent que dans les contes!!!! de plus, je pense que j'ai une corde de "moins" à mon arc...comment un bel homme comme lui pourrait-t-il bien s'intéresser à une fille qui a un tube dans le ventre et qui a besoin d'une machine pour se garder en vie???? mais surprise......il ne se sauve pas......

Doucement, il apprivoise mon état de santé. A ma grande surprise, Pierre s'adapte et me fait vivre un vrai conte de fée. Pour lui, je n'ai pas quelque chose en moins mais quelque chose en plus, je suis "courageuse"...ce que je vis c'est difficile mais je passe à travers avec le sourire et ça l'impressionne. il me voit au-delà des apparences. Mon tube, la machine, les gros sacs de liquide, les tubes, les seringues, tout ceci fait vite partie de son quotidien. Je croyais bien qu'il allait finir par en avoir marre...eh non! c'était bien mal le connaître, même qu'il prend grand soin de moi. Je suis souvent très fatiguée et j'ai mal au ventre. Parfois le tube est mal placé et se loge dans des endroits qui me font souffrir. Comme mes reins malades sont trois fois leur grosseur, ils prennent beaucoup de la place dans mon abdomen et il en reste bien peu pour le reste car la dialyse m'a rendu assez maigre. J'essaie de ne pas me plaindre mais Pierre me voit, il me sent.

Avril 2000: Le temps passe et nous vivons notre bel amour. Heureusement qu'il est dans ma vie. Il me fait vivre des joies à travers mes souffrances...Je déménage chez Pierre car de toute façon, j'y suis la plupart du temps. Je continue à m'occuper de mon fils, toujours une semaine sur deux. Le fils de Pierre vit avec nous, mais comme la relation est excellente, je m'en fais un ami, un complice. Alors cette belle vie de famille me fait du bien. Mon énergie diminue, je continue à travailler même si Pierre me dit souvent d'arrêter parce qu'il me voit maigrir, je suis cernée, je suis fatiguée et souvent je n'en peux plus et je pleure...

Une chose par contre, l'espoir ne me quitte pas...l'espoir d'une greffe, mon seul espoir de mener un vie plus normale...Pierre et moi, nous en parlons souvent. Je commence à manquer de patience car je ne veux pas devenir un "fardeau" pour l'homme que j'aime.

Été 2000: Un été où l'entrain est bas. Mon fils passe la plupart du temps chez son père car il va à un camp de vacances là-bas...

Septembre 2000: Mon fils vient vivre avec moi car c'est préférable pour l'école. il ira chez son père une fin de semaine aux deux semaines. Je reprends le travail, pas question d'arrêter, j'y tiens plus que tout. Je vais continuer et si je n'y arrive plus, je verrai. De toute façon, je travaille à temps partiel, je ne peux faire plus...


24 OCTOBRE 2000: Jour mémorable. Je suis dans la cour de l'école avec les enfants et je discute avec une éducatrice. Nous venons à peine de sortir dehors. Un bruit strident se fait entendre. Mais d'où cela peut-il provenir? Et là, l'éducatrice et moi, nous nous regardons avec de grands yeux car en même temps, nous avons eu la même pensée......et si c'était????? je prends mon téléavertisseur qui est toujours sur moi au cas où...et je regarde le numéro et dis tout haut: "oui c'est l'hôpital, mon doux c'est l'hôpital".

Depuis près de deux ans que j'attends cet appel et que je garde sur moi ce téléavertisseur qui jamais n'ose se manifester et là, aujourd'hui, il sonne pour moi?????

Mes jambes tremblent, ma voix tremble, je tremble de partout finalement. Je suis énervée, je ne sais plus où donner de la tête...Je suis en surveillance dehors, je ne peux quitter mais la nouvelle court vite, les enfants sautent tout autour de moi et alertent tout le monde. C'est fou!!!! j'ai l'impression d'être dans un rêve. On vient me chercher dehors car, à l'intérieur, déjà, on sait ce qui se passe car les médecins sont au bout du fil, ça va vite!!

"Lise, prend une chaise, tu trembles comme une feuille" on s'empresse autour de moi...allez Lise réponds réponds!...tout le monde attend ce téléphone avec moi depuis si longtemps, une éternité presque!!!!!et ils sont là tous pendus à mes lèvres...ils attendent......je prends l'appareil que j'ai peine à tenir et je dis d'une toute petite voix qui ne semble pas vouloir sortir: "oui, allo"...c'est une infirmière qui me parle..."un instant madame, le médecin va vous parler"...quelle attente, j'ai l'impression que je ne saurai jamais de quoi il en retourne...bon j'attends!

Je sais qu'il se passe quelque chose d'important et je suis anxieuse. Finalement, j'entends une voix calme et douce: "Bonjour, Lise, tu dois bien savoir pourquoi je t'appelle aujourd'hui? et il me dit cette phrase tant attendue:

"LISE ON A UN DONNEUR POUR TOI"

Tout se bouscule à l'intérieur de moi. Le médecin me dit que le donneur est âgé et qu'ils doivent faire d'autres tests et peut-être essayer d'avoir les deux reins du donneur si je suis d'accord pour en recevoir deux. Je suis d'accord avec tout...ils vont me rappeler plus tard. Le médecin me dit:"reste où tu es, tiens toi prête, et on te rappelle d'ici quelques heures".

Comment bouger hein? Ma vie, mon sort est entre leurs mains. Ne pas bouger...comment aurais-je pu même essayer de faire un geste? j'étais paralysée: par la nouvelle, par la peur, par toute une gamme d'émotions. J'avais beau attendre et attendre ce jour, une greffe, c'est ma vie qui va changer, c'est une opération, c'est l'incertitude, c'est l'inconnu. Et là, on me demande d'attendre pour peut-être me faire dire encore une fois..."non, finalement, le rein n'est pas assez beau"...je ris, je tremble, je parle et parle sans arrêt...un vrai choc nerveux....

Et là, j'attends...et dans une école, le téléphone sonne tout le temps!!!! et il me semblait sonner encore plus qu'à son habitude. Il faut dire qu'habituellement je ne suis pas "postée" juste à côté!!!!

Deux heures plus tard...Enfin c'est eux!

 


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